Depuis quelques années la relation entre l’art et la mode s‘expose. Elle se développe, fait toujours débat et donne naissance à la tendance Arty. Cette relation complexe, multimodale dont l’objet est la création contraste toutefois avec la réalité du marché de la rue plutôt pauvre en créativité. Cette contradiction se doit d’être envisagée.
Le jeu Art / Mode se déploie sur les champs de la stratégie et de la création en recourant à de nombreuses modalités de collaboration transversales : la création de produits de mode réalisés par des artistes, des défilés événementiels prenant quelquefois l’apparence de performances (Dior et Galliano), des expositions dans des grands magasins (Le Bon Marché, Les galeries Lafayette), l’expression du pouvoir de l’architecture associé à l’image du luxe (Franck Gherry, Tadao Ando), la création de fondations par les grands groupes (LVMH, Hermès, Chanel).
Tandis que les grandes maisons ont recours à la valeur « création artistique » dans le cadre d’une gestion permanente du passage du réel au fantasme, le vêtement acheté et porté dans la rue est volontiers formaté, codifié, convenu. Cette contradiction est devenue une des raisons primordiales de cette inflation de collaborations des mondes de la mode et de l’art. La référence à l’art crée une aura, un univers de rêve. Associée au luxe, elle exprime aussi d’une manière sous jacente une ligne d’éternité dans le bouleversement des mutations mondiales actuelles.
Sous l’angle de la création pure, à l’image de l’histoire de la mode dans la Modernité riche de collaborations expérimentales entre couturiers et artistes, l’art et la mode aujourd’hui se rejoignent sur le terrain de l’expérimentation (Martin Margiela, Hussein Chalayan, Issey Miyake, Victor & Rolf…). La productions de petites séries, voire de pièces uniques s’adresse là à une clientèle à fort pouvoir d’achat, inscrite dans cette toute petite niche à forte représentativité.
La relation entre l’art et la mode s’avère à la fois nécessaire mais aussi décevante. Nécessaire parce qu’elle enrichit l’imaginaire, l’aura des grandes maisons. Décevante en ce sens qu’elle brille par son absence dans la rue, donc dans le vaste enjeu commercial du prêt-à-porter. Par un retournement de situation, un « deus ex machina », les artistes s’emparent de la mode ou du design. La boucle se referme sur « le système de la mode ».
Manuel Fialho Consultant en stratégie de marque Publié le 16/10/2009
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